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Témoin involontaire
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Giancarlo Carofiglio
Tag(s) : Littérature italienne - Rivages-noir - Roman policier

Collection : Rivages/Noir, n°658 Traduit par Claude-Sophie Mazéas Rivages : 3 octobre 2007 Dimensions : 170 x 110 Nbre. de pages : 320 ISBN : 9782743617202

A trente-huit ans, Guido Guerrieri, avocat à Bari, prend brutalement conscience que la vie n’a pas tenu toutes ses promesses. Sa femme l’a quitté, son métier l’ennuie et ne lui offre guère de perspectives, il se sent vieux et dépassé. La célèbre crise de la quarantaine le guette. Malgré tout, même si la lucidité et l’autodérision ne lui font pas défaut, il est totalement désarçonné quand il éclate en sanglots devant sa secrétaire et se met à paniquer dans l’ascenseur. Une visite chez le psy le convainc de balancer son cocktail d’antidépresseurs à la poubelle, puis il allume une cigarette, se sert un whisky et reprend quelque peu goût à l’existence. Pour voir bientôt la détresse humaine frapper à sa porte en la personne d’une jeune femme au visage de princesse nubienne. Son compagnon, un vendeur ambulant sénégalais répondant au nom d’Abdou Thiam, a été arrêté pour l’enlèvement et l’assassinat d’un enfant de neuf ans. Le petit Francesco avait disparu un après-midi devant la maison de ses grands-parents. Deux jours plus tard, son cadavre a été découvert dans un puits en pleine campagne. Incriminé entre autres par le témoignage d’un autre Sénégalais et surtout par celui d’un barman, l’accusé s’est contredit de manière accablante. Pour couronner le tout, les carabiniers qui ont perquisitionné son logement y ont trouvé de nombreux livres pour enfants ainsi qu’une photo de Francesco en maillot de bain. Il n’en a pas fallu plus pour conclure à un crime à caractère pédophile.

Aujourd’hui Abdou Thiam est en prison dans l’attente de son procès. Persuadée de l’innocence de son compagnon (qui était instituteur au Sénégal), Abagiage Deheba demande à Guido Guerrieri d’assurer la défense de l’accusé.

Tous les réflexes professionnels de l’avocat lui intiment de ne pas accepter une cause perdue d’avance. Mais, est-ce dû au magnétisme de la visiteuse ou à sa situation personnelle ? Toujours est-il qu’il se laisse convaincre. Il ne sait pas encore que cette affaire pleine de surprises va changer sa vie.

Le système judiciaire italien a la réputation de ne pas se prêter au legal thriller. Gianrico Carofiglio vient contredire cette affirmation avec un étonnant brio, sans doute parce que Témoin involontaire dépasse de beaucoup les cadres du roman judiciaire. Certes il nous convie à un jeu de rôles au sein du tribunal, certes il nous fait suivre pas à pas, et de manière passionnante, le travail préparatoire au procès et nous amène à un retournement de situation qui pose des questions de fond sur la fiabilité du témoignage. Mais la partition que joue Carofiglio est infiniment plus riche : ainsi de l’arrière-plan social et racial de l’affaire, des déambulations et méditations du narrateur qui s’interroge avec un humour très anglo-saxon et une sensibilité très latine sur le sens de la vie.

Alternant les moments de tension et les parenthèses où le temps est suspendu, l’auteur s’impose par un ton et un style inattendus. Il sait trouver les mots justes, entre pudeur et sincérité, pour dire les douleurs secrètes de l’homme confronté au doute, au vieillissement, à la perte de la séduction.

Encensé par la presse, traduit dans treize langues, Carofiglio a fait une entrée fracassante dans le monde du roman policier italien.





3 chroniques

  • Témoin involontaire

    8 octobre 2007 10:23
    par Jean-Marc Laherrère ( 628 chroniques )
    Les scènes de procès étaient une spécialité américaine, aussi bien dans la littérature que dans le cinéma noirs. C’est fini. Un italien, magistrat, en apporte ici la preuve, éclatante. Mené de main de maître, le roman commence tranquillement, prend son temps, suit le personnage principal, pas forcément très sympathique, qui s’enfonce dans une déprime profonde. Puis, peu à peu, quand le procès approche, la tension s’intensifie. Une fois le procès commencé, dans la seconde moitié du roman, impossible de le refermer sans être allé au bout. Le lecteur vibre, espère, tremble avec Guido. La joute finale, retranscrivant les plaidoiries, est magistrale. En parallèle, on suit avec autant d’intérêt les escapades de Guido, et son retour à la vie. Un fois le roman refermé et la tension relâchée, on s’aperçoit qu’en filigrane on a également eu tout le portrait d’une société, de son racisme ordinaire, et le portrait, sans surprise, mais confirmé de l’intérieur, d’un système judiciaire où, si l’on veut être bien défendu, il vaut mieux être riche que pauvre, blanc qu’immigré. On s’en doutait, et ce n’est pas propre à l’Italie, mais voir, décrit par quelqu’un du milieu, comment c’est mis en musique par les institutions n’est pas inintéressant.

    Voir en ligne : http://actu-du-noir.over-blog.com/

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  • Témoin involontaire

    13 février 2008 11:41
    par BiblioMan(u) ( 21 chroniques )
    Bonne surprise que ce témoin involontaire ! Dans tous les sens du terme puisque l’histoire ne ressemble en rien à ce que l’on aurait pu attendre à la lecture du résumé. Il n’aurait d’ailleurs pas été étonnant de le trouver dans une collection de littérature générale. Car à vrai dire, l’affaire et l’aspect juridique ne sont qu’une façade. Témoin involontaire est avant tout l’histoire d’un homme en proie à un mal de vivre évident et qui tente de remonter la pente, qui s’accepte et s’ouvre au monde. On n’est pas ici dans un ouvrage où l’on explore à tout va les rouages de la justice, où l’on découvre à coups de rebondissements (ce qui est parfois bien égréable, bien sûr), les tenants et les aboutissants d’une affaire obscure. On est de prime abord surpris que ces aspects nous soient occultés, au point que l’on se demande si Guido consacre bien toute son énergie à défendre son client plutôt que de s’occuper de lui. Le procès tient cependant ses promesses, les joutes oratoires et les plaidoiries aussi. On se prête au jeu. Et on se laisse prendre par l’histoire de Guido, ses relations aux autres, notamment avec Margherita, sa voisine, et Abdou. Les pages défilent. Le ton est juste, l’ histoire touchante.

    Voir en ligne : http://bibliomanu.blogspot.com

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  • Témoin involontaire

    12 juillet 2008 21:50
    par Thierry Godefroid ( 188 chroniques )

    Guido Guerrieri est avocat. Il n’a pas tout à fait 40 ans, mais son expérience en fait déjà un vieux routier de la profession que l’on sent un peu blasé. Il défend toutes sortes de délinquants et s’est constitué ainsi un réseau pas très recommandable, parfois bien utile, duquel il se maintient à distance prudente. Miné par son récent divorce, il enfume tant bien que mal sa déprime à coup de clopes tout en cédant aussi à l’alcool (sans se démolir vraiment, quand même). Guido nous est très vite bien sympathique, à nous faire partager ainsi ses états d’âme.

    C’est une jeune femme noire au maintien impeccable qui vient le solliciter. Un ami proche, instituteur dans son pays d’origine, vient d’être incarcéré pour l’assassinat d’un enfant. Evidemment, il est innocent, mais le dossier de l’accusation est plutôt béton.

    La nouvelle école du roman noir italien, caractérisé notamment par des formats mesurés et un style direct sans fioritures, s’enrichit d’un nouveau nom. Et c’est une réjouissante découverte. La narration, la plupart du temps très factuelle (à l’américaine), est enrichie, sans aucune lourdeur et par le biais d’un récit à la première personne, des épanchements intimes de Guido. Guido Guerrieri peut être vu comme le frangin du flic de Di Cara. Tous deux sont des personnages tourmentés, intègres, et porte-parole de leurs auteurs qui exercent le même métier qu’eux.

    Le roman lui-même est impeccable, bien traduit par Sophie Mazéas (qui s’est aussi occupé du tome suivant). Il est constamment captivant, aussi bien lorsqu’il s’agit de la vie privée de Guido que de l’intrigue elle-même, charpentée par des scènes de procès très réussies. L’ensemble forme un tout intègre et sans faille, qui donne une grosse envie d’y revenir (ça tombe bien, il y aura de quoi).

    Le seul pépin sur lequel j’ai accroché, c’est la banalité des goûts culturels de Guido, goûts que, malheureusement, il n’hésite pas à nous faire partager sans retenue. Guido semble se contenter en matière de musique, de cinéma et de littérature, des têtes de gondoles de supermarché. Certaines références sont carrément médiocres, d’autres plus indiscutables (Blade Runner...), d’autres encore peu risquées et décevantes : alors que Guido cite parmi ses films préférés le (néanmoins) très bon réquisitoire de Kubrick "Les sentiers de la gloire", multi-diffusé et un peu tire larmes, Carofiglio pouvait trouver dans sa propre patrie plus fort et plus subtil dans la même catégorie avec "Les hommes contre", le chef d’oeuvre de Francesco Rosi (toujours pas réédité en DVD, le cherchez pas)... Et quitte à aller chez les anglo-saxons, pourquoi pas "The hill" (La colline des hommes perdus), ce monument de Sidney Lumet dont on ressort complètement laminé... Voilà, je ne m’étendrai pas plus, même si ça me démange un peu, notamment pour égratigner la musique folk citée, bien pauvrette. Faudrait quand même pas détourner les lecteurs de ce remarquable nouvel auteur. Tout le monde ne peut pas avoir les références de Pelecanos...

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