De quoi parle-t-on ?
Le nom même de "paralittérature" est une création assez récente, dans le second volume des albums consacrés à la littérature dans la collection de "La Pléiade", on employait encore l’expression "littératures marginales" [1]. Dans cette partie, on a rangé : la littérature de colportage, le roman populaire, la littérature enfantine, chanson et littérature, le roman policier, la science-fiction, radio et littérature, et enfin cinéma et littérature. Ces champs sont tout en même temps trop restrictifs et trop larges, nous verrons pourquoi.
Le TLF ne mentionne que le préfixe "para" : Élém. tiré du préf. gr. par(a), lui-même de la prép. para « auprès de, à côté de », entrant dans la constr. de nombreux subst. et adj., et exprimant l’idée de proximité soit par contiguïté, soit par ressemblance avec ce que désigne le 2e élém. [2] Ce même TLF n’atteste que "paralittéraire" sous la plume d’Albert Thibaudet dans un article de 1938 et il en donne pour définition : Relatif à des activités annexes à la littérature. [3], mais ne mentionne pas "Paralittérature".
Le Robert de la langue française atteste 1960 pour la naissance de ce nom, mais sans en préciser l’origine. Ce dictionnaire retient pour définition :
Ensembles de productions textuelles, sans finalité utilitaire et que la société ne considère pas comme de la "littérature" (roman, presse populaire ; chanson, scénario et texte des romans photos, bandes dessinées, etc.) Littératures marginales. [4]
On sent que cette définition très globale a quelque chose d’imparfait. Elle semble inclure une partie de la production populaire ("roman" surprend dans cette énumération ! À moins que l’on s’en remette à l’approche aristotélicienne qui en faisait un genre bas) dans les paralittératures, mais aussi des textes que l’on ne considère pas comme de la littérature (chansons, scénarios,…). Cette définition trop vague a maintenant quelque chose de choquant puisque certains textes de chansons (Georges Brassens) ou certains dialogues de films (Jacques Prévert) sont tenus pour être de véritables Å“uvres littéraires. De même, qu’entend-on ici par "sans finalité utilitaire" ?… Une Å“uvre littéraire devrait-elle obligatoirement être didactique ou édifiante, que deviennent alors des notions comme "l’art d’agréer" ou celle de "lecture plaisir" ?…
L’Encyclopédie électronique Hachette, dans son édition de l’an 2004, est un peu plus précise :
Secteur de la production littéraire regroupant des genres considérés comme ne relevant pas de la littérature traditionnelle : au XIXe s., le mélodrame et le roman populaire ; au XXe s., le roman policier, la science-fiction, la bande dessinée, le roman-photo. [5]
Le concept de "littérature traditionnelle" est fort vague. J’aurais préféré que l’on parle de "littérature attestée", celle que l’on trouve dans les ouvrages de didactique de la littérature. Le fait d’inclure le roman populaire et le mélodrame de la fin du XIXème siècle est parfaitement valide, mais pourquoi pas le théâtre de boulevard ou le grand guignol ? En revanche, l’énumération des paralittératures du XXème siècle est trop restrictive, comme nous le verrons.
Les dictionnaires ne sont donc pas d’un grand secours pour qui souhaiterait avoir une idée de ce que sont les paralittératures.
Lorsque l’on examine le peu de littérature produite sur ce sujet, on ne peut pas dire que l’on y trouve une approche qui couvre l’ensemble du champ des paralittératures, au mieux et de façon souvent fort convaincante, quelques-uns de ses aspects.
Le phénomène des paralittératures n’est pas typiquement français, on le retrouve dans toute l’Europe et les pays industrialisés, comme le rappelle fort opportunément Alain-Michel Boyer dans son ouvrage La paralittérature [6], en examinant les appellations qui lui sont données dès sa naissance. Ainsi, l’Allemagne disposerait d’un éventail terminologique très riche qui résulte de l’opposition entre Hochliteratur (la littérature pour l’élite) et la Trivialliteratur (la littérature triviale, basse, pour le peuple). Les ressources sémantiques sont également importantes en anglais et en anglo-américain, mais elles s’attachent plus au support (pulp fiction, pulp, paperback, throw away litterature, dime novels) qu’aux contenus mêmes. En France et dès le XIXe siècle, on souligne bien qu’il s’agit d’une littérature de basse extrace, bonne pour le commun : romans pour femmes de chambre, romans pour cuisinières, romans pour portières, romans pour concierges, en prenant pour point de repère, la réception. Comme les Anglo-américains, la France prend aussi le support de production comme référence de classement : littérature à deux sous, littérature à bon marché, littérature à six sous, littérature marchande, littérature mercantile, littérature industrielle, mais aussi littérature facile comme littérature de bas étage ou encore littérature de gare. Dès la fin du XIXème siècle, que ce soit en France, en Allemagne, en Italie ou en Espagne, les paralittératures sont liées aux littératures populaires et on les affuble de qualificatifs péjoratifs. Gabriel Thovéron discute avec beaucoup de finesse ce problème de vocabulaire et d’origines dans son ouvrage Deux siècles de paralittératures [7], dans une perspective qui est proche de celle que nous adopterons.
Les paralittératures sont nées vers le milieu du XIXème siècle de la conjonction de plusieurs phénomènes : la reconnaissance du roman comme une forme littéraire à part entière, le développement des moyens d’impression industrielle, la nouvelle diffusion de l’écrit grâce à la multiplication des voies de chemin de fer et des routes. Le succès du "livre bon marché" passe par les kiosques de gare implantés par Hachette, kiosques qui ont également favorisé l’expansion de la vulgarisation scientifique qui bénéficie du même développement de la communication de diffusion. On pourrait effectivement penser que les paralittératures sont une vulgarisation de la littérature générale, de la littérature attestée, noble. Nous reviendrons sur cette idée. En réalité, il faut sans doute, remonter beaucoup plus loin dans le temps pour trouver les origines de ce développement, car s’il est bien exact qu’il a plus ou moins débuté dans les années 1830, ce n’était là que l’aboutissement d’un mouvement de maturation qui s’était formé un siècle plus tôt et qui tenait aux conditions mêmes du développement de la littérature.
Sous l’Ancien Régime, toute publication était préalablement soumise à l’approbation royale. L’éditeur se voyait alors accorder un droit de publication (privilège) qui pouvait lui être retiré à tout moment. Les registres de l’administration de la Librairie mise en place à la fin du XVIIe siècle, conservés à partir de 1723, donnent la liste des privilèges et des permissions accordés aux livres nouveaux… [8] Peu à peu, cet accord, donné oralement ou tacitement va passer d’une durée de dix à trente ans, mais la censure subsiste et agit parfois. Ainsi, en 1751, les deux premiers volumes de L’Encyclopédie sont condamnés, mais Malesherbes, qui est alors directeur de la Librairie, laisse discrètement Diderot mettre tout son matériel à l’abri et poursuivre son Å“uvre. C’est une première brèche ouverte dans la censure royale. On connaît tous les subterfuges qu’emploieront ensuite les encyclopédistes pour déjouer la Censure royale : titres trompeurs, renvois divers, articles dans les articles,… Il fallait entretenir cette brèche ouverte par Malesherbes.
En réalité, cette brèche existait déjà puisque l’accord d’un privilège ne concernait que les ouvrages de plus de deux feuilles, c’est-à -dire de plus de vingt quart pages in-12. Les fascicules ne sont donc pas concernés par cette autorisation préalable de publication. Ceci va permettre à la "littérature bleue" de se développer plus encore à cette époque.
Le peu que l’on sache de cette littérature, c’est qu’elle est née au début du XVIIème siècle sur les presses de Nicolas Oudot à Troyes. Il s’agissait de petites brochures destinées à être vendues par des colporteurs, des marchands-merciers, des vendeurs d’images circulant avec leurs ballots dans les foires, les marchés. [9] Ces livrets ont un format qui ne dépasse pas huit pages et ce sont principalement des fascicules de piété ou des contes destinés aux enfants. Par la suite, la production se diversifie d’abord dans ses lieux de production : Au XVIIIe siècle, on compte plus de cent cinquante imprimeurs, et environ soixante-dix centres répandus à travers la France, la France du Nord surtout [10], on notera également Caen, Rouen, Paris, mais aussi Limoges. La thématique des récits se diversifie également, on emprunte à l’histoire et, en particulier, aux récits de chevalerie, on met en scène des héros populaires, Charlemagne aussi bien que Gargantua ou que Till l’Espiègle. On fait déjà , comme le signale Jean Quéniart, de la vulgarisation (Le Maréchal expert ou le Cuisinier français), on produit des abécédaires, des livrets d’initiation au calcul ou à la mathématique. À côté de livrets de pure distraction, la Bibliothèque bleue introduit une forme d’éducation populaire. La période de la Révolution met la littérature de colportage sous surveillance, certainement parce qu’elle craignait qu’elle serve de support à la contre-Révolution, à la réaction royaliste. Le premier Empire laisse de nouveau la littérature bleue se développer, même s’il lui arrive de sévir occasionnellement comme le rappelle Geneviève Bollème et c’est sous Louis-Philippe que la littérature de colportage atteint son apogée au point qu’en 1834, elle sera de nouveau contrôlée par une loi qui exige une autorisation municipale. Après un décret de 1849 qui soumet ce mode de diffusion à une autorisation préfectorale, le second Empire institue en 1852 une "commission de surveillance", c’est-à -dire une censure préalable déguisée, puisque tous les exemplaires mis sur le marché doivent être estampillés. Cette contrainte qui ne sera supprimée que par la loi du 17 juin 1880 [11], loi qui rendra au colportage sa liberté et marquera à peu près également sa disparition. [12] En effet, le développement des moyens de production de masse des quotidiens (rotatives) et leur diffusion par des moyens de distribution modernes font que le moindre village peut recevoir la presse, une presse où les récits d’imagination sont nombreux. La littérature bleue perd alors de son attrait et elle va disparaître, comme les planches informatives, didactiques ou édifiantes faites d’images d’Épinal.
Peut-on dire qu’à partir de cette époque, il ne reste plus, face à une littérature attestée, que la littérature populaire ?…Si cette affirmation avait un sens, ce serait un reniement des origines de cette forme littéraire, en revanche, on pourrait dire que de la littérature bleue ont émergé diverses formes de littératures populaires, mais il serait tout aussi justifié d’affirmer que ces mêmes littératures populaires sont apparues à peu près à la même époque et qu’elles n’ont pu se développer parce que le roman de littérature générale s’était affirmé en tant que littérature à part entière. Par ailleurs, ce que nous tenons aujourd’hui pour de la littérature attestée ne l’était pas encore à cette époque. Des émergences cohabitaient, mais ces phénomènes n’ont pu se produire que parce que la lecture n’était plus réservée à une élite. Ainsi, si le roman sentimental a pu être qualifié de "littérature de concierges", c’est uniquement parce que les concierges avaient appris à lire.
Depuis 1795, la loi a prévu que les enfants puissent recevoir au moins une instruction primaire leur permettant de savoir lire, écrire et compter. En dépit des bouleversements de régimes, cette loi ne sera pas remise en cause et les congrégations accueilleront dans leurs écoles un quart de leur effectif en enfants déshérités. Sous la Monarchie de Juillet, on dépassera ce seuil pour atteindre de 35 à 40 % et presque 60 % en 1877. En 1833, les Lois Guizot obligent les communes, qui en sont encore dépourvues, à construire une école primaire. On peut donc penser que, bien avant les Lois Ferry de 1882 sur l’obligation scolaire, une proportion non négligeable de la population est apte à recevoir l’écrit, même si, dans certains cas, elle le déchiffre avec peine. La littérature bleue sera donc un moyen peu onéreux de parfaire et d’entretenir son rapport à l’écrit, de s’instruire, de développer des compétences de lecture. Aussi, comme le note Jean Quéniart, si, à la veille de la Révolution, 37 % de la population est capable de signer de son nom le registre des mariages, juste avant les Lois Ferry de 1880, c’est 72 % de la population qui peut assurer cette performance. Pour autant, il faut sans doute relativiser ce pourcentage : être capable de griffonner son nom au bas d’un registre ne signifie pas que l’on soit lettré. Ceci contredirait également une thèse selon laquelle le "désastre de Sedan" (02 sept.1870) serait dû pour une bonne part aux défauts de transmission dans l’armée. Une part des 120.000 soldats que l’on avait recruté dans les campagnes pour cette guerre ne parlait que le patois de leur village et n’avait du français qu’une vague idée, aussi ces braves paysans avaient-ils des difficultés pour comprendre les ordres qu’on leur donnait. Cette thèse a peut-être quelques fondements, mais comment donc se transmettaient les ordres dans la Grande Armée qui avait également levé des hommes dans la France entière : clairon et tambours codifiaient les déplacements de masse, mais à l’intérieur de ces corps d’armée ?… Quoi qu’il en soit, cette même thèse soutenait que c’était à cause de cette défaite que les Lois Ferry avaient été mises en chantier, pour faire qu’un même peuple parle enfin la même langue.
Cette muséification est même le fait d’anciens patoisants, qui sont pourtant loin de mépriser leur patois, qui lui sont attachés, mais qui lui dénient, en tant que manifestation d’une culture et d’un folklore local, toute dignité littéraire et scientifique. Ainsi, Renan, né à Tréguier, s’écrit en 1889 : "Toute sa vie, on aime à se rappeler la chanson en dialecte populaire dont on s’est amusé dans son enfance. Mais on ne fera jamais de science, de philosophie, d’économie politique en patois." [13]
On peut aussi soutenir que ces lois sur l’instruction publique avaient pour but de renforcer le jacobinisme de la IIIème République. Quelle que soit la perception que l’on a de ces évènements, le développement de l’instruction primaire a eu des répercutions sur l’ensemble du pays comme dans la littérature avec la naissance, à cette époque, du mouvement régionaliste dont nous aurons l’occasion de reparler.
Si les trois quarts de la population ont donc eu accès à une forme d’instruction de base, à une alphabétisation, dans le dernier quart du XIXème siècle, avant la généralisation de l’instruction obligatoire, on peut penser que cet accès à la lecture va faciliter la pénétration de la presse avec ses romans-feuilletons jusque dans les campagnes, de même elle va favoriser l’implantation de la littérature romanesque et celle des littératures populaires. Ceci explique aussi l’effondrement de la littérature bleue qui, jusqu’ici, avait tenu ce rôle. C’est bien pour cela qu’à peu près toutes les supposées paralittératures émergent réellement à cette époque, même si elles existaient auparavant sous une forme archaïque. C’est bien vers la fin du XIXème siècle que le roman fantastique, le roman policier, le roman d’imagination scientifique, le roman rustique, la littérature rose, pour ne citer qu’eux, prennent une forme moderne grâce à l’affirmation du genre romanesque. Cette affirmation mériterait d’être discuté.
Si, effectivement, on voit émerger de nouveaux genres pendant le XIXème siècle, ce n’est qu’une perception rétrospective, un jugement contemporain sur un phénomène achevé. Pourtant, lorsque Mary Shelley publie son Frankenstein en 1818, elle dit bien dans sa "Préface" que : L’événement qui se trouve à l’origine de mon histoire (…) s’est imposé à moi par la nouveauté des situations qu’il autorise [14]… Si elle a conscience d’apporter quelque chose d’inédit à la littérature, elle ne peut envisager que son roman sera pris pour point de départ d’un genre nouveau : la science-fiction. C’est parce qu’il nous fallait un initiateur, un repère temporel, que nous avons choisi des dates de référence et ce qui est valable pour la science-fiction l’est aussi pour le roman policier, pour le roman rose, pour la bande dessinée et pour l’ensemble des paralittératures. Mais choisir une date butoir, c’est immédiatement faire naître des objections. Restons dans le cadre de la science-fiction. Jacques Sadoul remarque fort justement qu’il n’est guère possible de parler de SF avant qu’Hugo Gernsback invente l’expression "scientifiction" en 1911, lors de la publication de son roman Ralph 124C41+, avant de proposer un peu plus tard la forme allégée "science-fiction" [15]. Comme il a conscience que le point de départ qu’il retient est arbitraire, Jacques Sadoul note : … si j’ai choisi de commencer cette histoire en avril 1911 (…) il ne me viendrait cependant pas à l’idée de prétendre que c’est là le début réel et précis du genre. [16] Il en serait de même pour toutes les dates butoir que l’on choisirait, tant il est vrai que toutes ces paralittératures héritent de formes plus anciennes qui constituent la protohistoire de ces genres, qui en sont la forme plus ou moins archaïque. Ainsi, Jacques Van Herp, parle-t-il, à la suite de Jean-Jacques Bridenne, de "roman d’imagination scientifique" pour qualifier tous ces romans qui pré existaient à l’invention de Gernsback. De la même façon, Maurice Renard parlait …d’essai d’anticipation tant que la prophétie ne s’est pas réalisée… [17]. Dans ce cadre, il me semble raisonnable de penser que quelques auteurs, grâce à une langue et une construction plus aboutie, ont été les promoteurs d’une littérature nouvelle. Mais cette littérature leur préexistait sous une forme moins affirmée ou elle était noyée au milieu d’autres choses comme les "enquêtes" de Zadig, ou elle n’apparaissait que comme une incidente car ce n’était pas le sujet de l’ouvrage.
Tenons donc que les paralittératures émergent progressivement lors du XIXème siècle essentiellement grâce à une meilleure diffusion de la presse et du livre, non seulement en France, mais dans tous les pays développés. Quelques-unes d’entre ces paralittératures vont êtres portées par le "progrès" comme la science-fiction qui hérite des découvertes de la révolution industrielle, comme le roman policier qui bénéficie progressivement de la naissance de la police scientifique, comme le roman-photo qui va compléter la venue du cinématographe, comme la BD va s’appuyer sur le succès de la presse dominicale américaine qui s’est développé grâce à la puissance des nouvelles rotatives [18], et ainsi de suite.
Il me semble que l’une des caractéristiques de base des paralittératures est d’être en prise directe sur leur époque, d’en rendre compte beaucoup plus précisément et surtout plus rapidement, que les littératures générales. Cette idée ne saurait être prise comme l’un des fondements des paralittératures sauf si on les pense en tant que littératures de consommation immédiate, en tant que littératures fongibles. Aussi la plupart des paralittératures vont-elles témoigner de leur époque, principalement sous une forme métaphorique. Échappent plus ou moins à cette règle les paralittératures iconiques : la BD et le roman-photo. Les autres seront calquées sur leur temps. On ne conçoit pas une enquête policière menée par Sherlock Holmes ou par Hercule Poirot qui se baserait sur des analyses d’ADN !… La littérature populaire, plus que toute autre, doit pouvoir être facilement décodée par ses lecteurs et cette forme passe par la mise en place d’un monde aisément accessible à l’imaginaire, donc proche du réel quotidien. La métaphore n’est là que pour permettre la mise en place d’une fiction, mais le travestissement du réel est tellement léger que l’identification se fait sans peine. Ainsi, pour pouvoir être la plus proche possible de son lectorat, la paralittérature se fait-elle familière, intime. C’est ce qui va favoriser la naissance de mouvements "faniques" par le biais de clubs, d’associations et maintenant de sites, comme dans le monde de la SF, de la BD ou dans celui du policier. Ces groupements ne représentent pas la totalité du lectorat qui est évidemment beaucoup plus large et sans doute moins monomaniaque que l’est un "fan" qui ne lit parfois qu’un secteur de la paralittérature et, souvent, rejette les autres.
Cette idée que la paralittérature doit être facilement accessible contient en germe les plus fréquents des reproches qu’on lui fait : être linéaire, simpliste, avec des personnages sans épaisseur psychologique et surtout rédigée dans un niveau de langue qui ne se hausse pas au-dessus du vocabulaire standard. Il arrive que ce soit vrai, mais ce n’est pas non plus l’apanage des paralittératures.
Cette distinction entre littérature exigeante et littérature de grande consommation, reproduisant des schémas éprouvés, ne constitue pas un jugement de valeur (on trouve de grandes Å“uvres dans la littérature populaire). Il s’agit de définir un horizon d’attente : dans le cas de la littérature exigeante, la maison où le texte est publié, le journal qui en rend compte s’adressent à un lectorat averti, celui des amateurs cultivés, pour qui il existe une valeur littéraire, pour qui elle reste importante, et qui en attendent quelque invention, quelque nouveauté, quelque "effort au style", et la confirmation de leur croyance en un enjeu de la littérature, autre que la pure distraction. [19]
Une partie de la littérature générale répond à cette description. Pour mieux s’en rendre compte, on se réfèrera à l’ouvrage de Pierre Jourde, La Littérature sans estomac, où il montre que l’on "fabrique" des auteurs comme n’importe quel produit marchand, auteurs sans talents et sans idée, mais que l’on vend après une bonne campagne marketing. Des ouvrages médiocres, simples produits d’opérations publicitaires, sont présentés par leurs éditeurs, de manière explicite ou implicite, comme de la "vraie littérature" [20]. Si l’individu promu auteur a de la présence devant les caméras de télévision, s’il a un peu de répartie faute d’avoir de l’esprit, il peut espérer faire une petite carrière dans les lettres. Tant qu’il sera "rentable" pour son éditeur, il sera publié. S’il est très rentable pour son éditeur, on ira même jusqu’à lui adjoindre un nègre qui retravaillera son manuscrit pour en faire quelque chose de lisible et de commercial. Mais là aussi, on ne touche pas au sublime, au style aussi élevé que les idées sont profondes et le plus méchant des ouvrages de paralittérature vaut bien ce type de production. Les réflexions de Pierre Jourde rejoignent ce que l’on a appelé "la révélation de Sturgeon". Theodore Sturgeon, écrivain professionnel de science-fiction, sans doute las d’entendre dire que la science-fiction était un sous-produit de la littérature, quelque chose de mal écrit et sans idées, a dit : Il est faux de dire que 90 % de la science-fiction ne vaut rien, c’est 90 % de toute littérature qui ne vaut rien. Un peu de réflexion sur l’histoire de la littérature, celle qui n’a conservé de toutes les productions que celles acceptables par les lecteurs lettrés, inciterait à penser comme Theodore Sturgeon… mais pas à le dire, pour rester dans une vision des choses "politiquement correcte".
On pourrait penser que la littérature "savante" est à l’abri de ce genre de dérive. Il n’en est rien. C’est du moins ce que soutiennent Sokal et Bricmont :
Nous montrerons que des intellectuels célèbres tels que Lacan, Kristeva, Baudrillard et Deleuze ont, de façon répétée, utilisé abusivement des termes et des concepts provenant des sciences physico-mathématiques : soit en les invoquant totalement hors de leur contexte, sans donner la moindre justification empirique ou conceptuelle à cette démarche […], soit en jetant des mots savants à la tête des lecteurs non scientifiques sans égard pour leur pertinence ou même leur sens. [21]
Il vrai que le jargon veut souvent s’ériger en vocabulaire scientifique et qu’accrocher "sciences" à une discipline (sciences de l’éducation, par exemple [22]) contribue à lui donner une aura de sérieux et de respectabilité qui cache souvent la vacuité du discours. Ainsi, le discours universitaire n’est-il pas exempt de fadaises, d’à -peu-près douteux et de logorrhée jargonnante pour "faire savant" à défaut de l’être. En revanche, comme je le définissais dans un ouvrage [23] consacré aux travaux universitaires, le véritable style universitaire n’est jamais que l’art de dire simplement des choses compliquées. Le reste n’est souvent que verbiage : certains penseurs célèbres ont commis de grossiers abus du vocabulaire scientifique, ce qui, loin de clarifier leurs idées, tend à encore obscurcir leurs discours. [24]
Pour en revenir à la littérature, pendant un temps, et sous l’expression générique de "littérature vulgaire", j’avais pensé inclure dans les paralittératures ces "mémoires" de grands sportifs, ces "essais" d’hommes politiques ou de journalistes et toute cette littérature de supermarché qui se renouvelle avec bonheur toutes les quinzaines, parfois agrémentée d’un soupçon de scandale. J’ai reculé pour ne pas être écrasé par la tâche, tant cette production-ci est abondante et tout aussi également navrante. En effet, il est de bon ton qu’un sportif sur le déclin fasse encore un peu parler de lui en publiant "ses" mémoires rédigées par un "nègre". De même tout homme politique devenant Ministre et se croyant doté d’un brin de plume, commettra la biographie d’un de ses compatriotes : cet exercice flattera agréablement son électorat local en lui montrant qu’à l’heure de l’Europe, le régionalisme n’est pas mort ou réservé à quelques excités, adeptes de la Gélinite ou du Semtex. De la même façon, tout journaliste politique habitué du petit écran ou classé comme grand reporter ou encore comme journaliste d’investigation, va devoir dévoiler une partie des coulisses du pouvoir, c’est-à -dire porter sur la place publique, ce que le "tout-Paris" des salons et des brasseries de luxe sait depuis longtemps. Ou alors, peu avant ou peu après une élection, tout journaliste ayant "de la surface médiatique" ira de son ouvrage de commentaires prédictifs ou d’analyse pour montrer qu’il a tout compris ou pour expliquer au vain peuple pourquoi lui n’a rien compris. Ce sera une occasion de se congratuler entre "chers confrères" (et néanmoins amis) lors des multiples émissions télévisuelles de promotions baptisées "culturelles" ou de "divertissements", où les mêmes "invités interchangeables" se retrouvent pour s’esbaudir en chÅ“ur, face à la production de l’un d’entre eux. Pour clore avec cette question, remarquons que ce phénomène n’est pas une spécialité de la littérature moderne et contemporaine : toutes les époques ont eu leurs tâcherons littéraires, ceux dont les "officieux papiers" allaient remplir la halle. Maintenant, le système est institutionnalisé par les médias : Littérairement, cela donne quelque chose comme un éditorial de Elle ou un article de fond de Marie-Claire, plus le courrier du cÅ“ur et éventuellement l’article culturel : "Un week-end à Athènes", mais en deux cent cinquante pages. [25] De fait, nous sommes dans cette Société du spectacle, de l’artifice, du paraître, que dénonçait Guy Debord. Il n’est pas nécessaire de gloser d’avantage sur son argumentation.
Nous ne nous extasierons pas plus sur cette littérature de l’imposture ou de circonstance et, dans cet ouvrage, puisqu’il faut aller à l’essentiel, tant le champ à couvrir est large, nous irons des littératures attestées aux paralittératures pour montrer comment elles peuvent en êtres issues, mais sans nous arrêter longuement sur les "littératures populaires" de la fin du XIXème siècle et de la première moitié du XXème siècle, pour nous intéresser plus spécialement aux paralittératures de la seconde moitié du XXème siècle. Il n’est pas utile de marcher maladroitement sur les brisées de Daniel Couégnas [26] qui a magistralement traité la question des littératures populaires, ou celles d’Alain-Michel Boyer ou de Gabriel Thoveron qui en ont également parlé fort savamment. Tous trois, et moi aussi d’ailleurs, sommes d’accord sur bien des points : les paralittératures touchent tous les pays développés, elles ont pour ancêtre commun la littérature orale, puis la littérature de colportage et enfin le roman populaire, elles ont une identité commerciale et elles ne sont pas toutes (loin s’en faut) méprisables. En revanche, la notion de série, comme celle de héros récurent, ne me semble pas primordiale. Je ne reviendrais donc pas sur les ouvrages traitant des publications populaires de la fin du XIXème siècle et de l’entre-deux guerres, les approches théoriques sur ce sujet sont fort nombreuses [27] et donnent maintenant un éclairage très satisfaisant des productions de cette époque.
J’ai dit que je trouvais les champs d’études mentionnés dans "La Pléiade" tout à la fois trop englobants et pas assez développés. Il est vrai que, par intention ou par goût, Daniel Gouégnas, Alain-Michel Boyer et Gabriel Thoveron ont retenu certains de ces genres et domaines [28]. J’approuve nombre de leurs choix, mais j’aimerais rapidement justifier certaines exclusions que je vais faire. Pour moi la chanson, comme les scénarios de cinéma ne relèvent pas plus des paralittératures que la littérature de jeunesse. Cette dernière est régie par la loi du 16 juillet 1949, aggravée par la loi du 21 décembre 1958 et notamment dans son article 14. La réécriture (1992) du nouveau Code pénal, applicable depuis le 1er mars 1994 peut aussi s’appliquer à la littérature de jeunesse puisqu’il concerne les mineurs. Le flou des articles L 227-21 à 24 permet toutes les interdictions (et certaines cours de justice ne s’en sont pas privées), aussi bien en matière de littérature générale qu’en matière de littérature pour la jeunesse. Cette littérature donc, gérée par un régime particulier, la conduit à avoir ses propres codes de référence, mais il est vrai qu’on y retrouve toutes les paralittératures sous des formes plus ou moins édulcorées, car bien des éditeurs se sont plus ou moins "assis" sur la loi du 16 juillet 1949. La chanson, même si on peut souvent en douter, se rattache à la poésie et les scénarios de films tiennent du genre théâtral. La chanson comme les scénarios [29] pour le cinéma ou la télévision pourraient être traités dans ces cadres, ils y seraient plus à leur place que parmi les paralittératures.
À la notion de "série", il faudrait sans doute joindre celle de "collection". Les spécialistes ont déjà noté que les éditeurs avaient typé leurs ouvrages pour qu’ils soient facilement repérables par le chaland sur les étagères. Ainsi l’acheteur est-il certain, en voyant un dos jaune ou un dos noir à défonce jaune de trouver là des romans policiers. De même, par le passé, une petite fusée dessinée par René Brantonne (1903-1979) était le logo de la collection "anticipation" du Fleuve Noir. Se fier à cette notion de collection est trompeuse : d’excellents romans de science-fiction ont été publiés hors collections, il en est de même pour le roman policier ou le roman de western. On peut trouver des "séries" dans des "collections", mais on peut également trouver hors collections des romans qui auraient pu s’y trouver. Cette notion de collection n’est donc pas un critère intéressant pour délimiter les "mauvais genres" [30].
Dernier problème liminaire : peut-on faire une approche des "mauvais genres" en fonction de leur réception dans le monde universitaire ou, en d’autres termes, peut-on considérer qu’il existe des paralittératures "nobles" et d’autres qui ne le seraient pas ?… On serait tenté de répondre par l’affirmative puisque le fantastique figure parfois au programme de l’agrégation. On peut également penser que le roman sentimental et l’utopie font également partie de ces "contre-littératures" acceptées comme objet d’étude universitaire. On pourrait également inclure dans ces paralittératures "nobles" le roman policier, maintenant que Simenon figure au catalogue de "La Pléiade" et que l’on regarde l’Å“uvre d’Ellroy comme un objet d’étude psychanalytique. En fait, la noblesse ou la roture d’une des paralittératures est un débat sans grand intérêt. Comme nous l’avons déjà dit, il existe des romans bien écrits, porteurs d’idées et d’autres qui ne le sont pas, quelle que soit l’époque, quelque que soit l’éditeur. C’est donc encore une approche que nous écarterons.
Un projet
Pour essayer de percevoir les paralittératures un peu au-delà de l’idée qu’elles sont une simple succursale de la littérature générale, mais pour ne pas spéculer sur des notions de "valeur littéraire" ou même de "réception" [31], il m’a semblé préférable de m’en tenir à l’idée qu’elles sont un marqueur sociologique parmi d’autres, d’où découle un contrat de lecture déjà traité par Alain-Michel Boyer. Il m’a semblé également que, pour compléter les autres études sur la question, on pouvait ranger ces paralittératures en de grandes zones d’influences. En effet, il y a sans doute moins d’interconnexions entre ces littératures qu’en matière de littérature générale (même si on a vu à l’Å“uvre des auteurs polyvalents : SF + policier ou SF + fantastique ou encore policier + espionnage), en revanche, l’influence reçue du milieu où elles incubent est importante. C’est pour cela que je souhaite, autant que possible, replacer ces littératures dans la période où elles ont pris leur essor pour essayer de comprendre ce qui a pu favoriser leur émergence. Pour quelques chapitres, je vais m’appuyer sur l’histoire littéraire pour montrer qu’il existe une véritable filiation entre la littérature lettrée et la paralittérature qui en découle plus immédiatement. La fracture entre les deux est de l’ordre du seul choix individuel ou de l’Histoire.
Pour mettre un peu d’ordre dans ce foisonnement de textes, il me semble que l’on pourrait distinguer quelques catégories reposant sur l’idée qu’il existe une sorte de tronc commun, un socle, réunissant diverses paralittératures. Ces différentes bases permettent, à mon sens, d’orienter la réflexion en lui donnant un point de départ qui ne repose pas seulement sur une date, un style, une thématique, mais sur une assise plus large. Certes, ce point de vue est sans doute discutable, comme toutes les approches d’ailleurs, mais j’ai le sentiment que si l’on ne souhaite pas tomber dans une vision trop spécialisée (le risque du pointillisme n’est pas loin) d’une des paralittératures, il faut en avoir une vision aussi distanciée que possible. Ces socles pourraient être présentés ainsi :
Le socle spéculatif avec : le roman policier (et toutes ses sous-catégories), le roman de science-fiction (avec toutes ses subdivisions), le roman fantastique (sous toutes ses formes), l’utopie et la dystopie.
Le socle de l’aventure avec : le roman d’espionnage et le roman de western.
Le socle psychologique avec : le roman sentimental et sa corruption, le roman à l’eau de rose, entre les deux, le roman érotique qui a sa propre forme pervertie, le roman "X".
Le socle iconique avec : la bande dessinée et le roman-photo (comprenant aussi le "ciné roman").
Le socle documentaire avec : le roman historique, l’uchronie et le roman rural.
Bien que ce ne soit qu’une question secondaire, d’une importance toute relative, on pourrait dire un mot sur "genre" et "domaine". Au sens où nous l’entendons : un genre est une forme littéraire close, sans ramifications significatives, c’est le cas du roman rural, même si sa thématique est assez variée. En revanche, le domaine est beaucoup plus large, il est englobant. C’est le cas de la science-fiction qui a repris des thèmes à tous les genres possibles (du roman à l’eau de rose au roman "X", en passant par le policier, le gore [32], l’aventure, le récit de guerre,…) pour développer des récits de type sciencefictifs.
Nous allons, inévitablement retrouver le problème de la datation à un moment ou à un autre. Il faudra juger du point de départ de certaines de ces littératures, du moment où elles ont abandonné un statut archaïque, pour devenir modernes. Prenons cela pour un jeu de l’esprit, pour une commodité toute teintée d’arbitraire, même si le choix est argumenté et nous trouverons parfois d’étranges coïncidences de dates. L’année 1818, par exemple, voit naître le roman de science-fiction, le fantastique et le roman policier. C’est ce que nous montrerons en allant chercher ici "le roman des origines".
Enfin, répétons-le, nous nous intéresserons principalement, aux paralittératures de la seconde moitié du XXème siècle, même si nous allons explorer systématiquement des périodes plus anciennes pour tenter d’y débusquer les signes annonciateurs de ces paralittératures.
Ne cherchons pas d’unité de structure entre les diverses parties de cet ouvrage. Chaque socle paralittéraire offre une certaine unité intrinsèque, mais au-delà … Aussi, pour traiter chacun d’eux, l’approche choisie a été celle qui m’a semblé le mieux convenir. La seule règle commune, parce que la plus facile à mettre en Å“uvre pour un simple ouvrage introductif, a été celle de l’approche chronologique : elle permet de suivre le développement du domaine ou du genre, elle permet de voir pousser les greffes des genres proches sur le tronc principal. C’est une facilité, certes, mais elle permet de préciser bien des choses. Enfin, j’ai volontairement limité les apports "savants", le jargon et les théories parfois un peu rébarbatives. De la même façon, je ne suis pas allé au fond des choses, je n’ai pas tout dit et pour cela, bien souvent, je renvoie le lecteur à des ouvrages spécialisés ou parfois, je m’appuie sur les connaissances de certains spécialistes bien plus doctes que moi en la matière. Enfin, on s’apercevra que certains chapitres sont précédés d’une longue introduction. Elle ne sont pas conçues pour l’agrément, mais pour montrer que les paralittératures ne puisent pas leurs idées dans le néant, mais dans un savoir construit beaucoup plus large que la superficialité apparente des textes produits : la culture ne se borne pas à un florilège de connaissances académiques.
Cet ouvrage à pour but premier d’inciter à la connaissance des paralittératures, d’encourager les recherches sur les diverses composantes des paralittératures car même dans les secteurs où l’on a déjà beaucoup écrit (fantastique, policier, science-fiction), il reste encore bien des choses à dire. Je m’en rends compte tous les ans avec les étudiants dont je pilote les mémoires ou les thèses : en les lançant sur une piste, je suis toujours étonné par ce qu’ils découvrent. C’est souvent d’une richesse surprenante, ce qui incite à penser que le champ des connaissances des paralittératures n’est pas clos.
[1] QUENEAU, Raymond.- Histoire des littératures, Tome 3.- Paris : Gallimard, 1967 ; p. 1567, 1734 (Encyclopédie de La Pléiade, n° 7).
[2] Voir sur Internet :http://atilf.inalf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe ?12 ;s=3342397710 ;r=1 ;nat= ;sol=1 ;
[3] Ibid.
[4] ROBERT, Paul.- Le Robert : Dictionnaire de la langue française.- Paris : Le Robert, 1985 ; p. 74. (Vol. 7)
[5] http://www.wanadoo.fr/bin/frame.cgi ?service=thematique&u=http://www.encyclo.wanadoo.fr (consulté en ligne le 05/01/2004)
[6] BOYER, Alain Michel, La Paralittérature.- Paris : PUF, 1992 ; p. 13-16 ("Que Sais-je ?", n° 2673). Voir aussi p. 23-26 la partie touchant à l’idée de "haute" et "basse" littérature en Chine.
[7] THOVERON, Gabriel.- Deux siècles de paralittératures : lecture, sociologie, histoire.- Liège : CEFAL, 1996 ; p. 20-55.
[8] QUÉNIART, Jean.- Les Français et l’écrit XIIIe – XIXe siècle.- Paris : Hachette, 1998 ; p. 136 (Supérieur, "Carré Histoire", cartes, tab.).
[9] BOLLÈME, Geneviève.- La Bibliothèque bleue : la littérature populaire en France du XVIe au XIXe siècle.- Paris : Julliard, 1971 ; p. 8 (Collection Archives, n° 44).
[10] Ibid., p. 12.
[11] Donc peu de temps avant la loi sur la Liberté de la presse du 29 juillet 1881.
[12] BOLÈME, Geneviève, op. cit., p. 13.
[13] HAGÈGE, Claude.- Le Français : histoire d’un combat.- Paris : Le Livre de Poche, 1998 ; p. 124-125 (Biblio-Essais, n° 4267).
[14] SHELLEY, Mary.- "Préface de 1817" à Frankenstein ou Le Prométhée moderne.- Paris : Gallimard, 1997 ; p. 17 (Folio-Plus, n° 29).
[15] Fiction est ici à prendre au sens de "récit".
[16] SADOUL, Jacques.- Histoire de la science-fiction moderne : 1911-1984.- Paris : Robert Laffont, 1984 ; p. 16 ("Ailleurs et demain – Essais").
[17] VAN HERP, Jacques.- Panorama de la science-fiction.- Vervier : Gérard, 1975 ; p. 16 (Marabout Université, n° 270).
[18] En 1866, William Bullock met en service à Philadelphie une rotative à cylindre qui emploie des clichés cintrés (textes et images) qui impriment la feuille de papier dévidée en rouleau, sur ses deux faces. On va rapidement dépasser les 10.000 exemplaires imprimés à l’heure. En 1886, la première linotype, mise au point par Ottmar Mergenthaler, est installée dans l’imprimerie du New York Tribune. Elle va permettre de passer d’une composition "typo" de 1.000 à 1.300 signes l’heure à 5 à 7.000 signes à l’heure. La presse va pouvoir prendre de l’épaisseur et augmenter sa diffusion. Pour plus de précisions, voir le très beau site du Musée de l’imprimerie de Lyon sur :
http://www.bm-lyon.fr/musee/museenet.htm
[19] JOURDE, Pierre.- La Littérature sans estomac.- Paris : Pocket, 2003 ; p. 11-12 (Agora, n° 260).
[20] Ibid., p. 12.
[21] SOKAL, Alan & BRICMONT, Jean.- Impostures intellectuelles.- Paris : Hachette, 1999, p. 15 (Biblio-Essais, n° 4276).
[22] Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, les sciences de l’éducation sont aux sciences ce qu’est l’astrologie à l’astronomie.
[23] FONDANÈCHE, Daniel.- Guide pratique pour rédiger un mémoire de maîtrise, de DEA ou une thèse.- Paris : Vuibert, 1999 ; 126 p. (Guides).
[24] Sokal & Bricmont, op. cit., p. 15-16.
[25] Jourde, Op. cit., p. 18.
[26] COUÈGNAS, Daniel.- Introduction à la paralittérature. Paris : Seuil, 1992 ; 200 p. (Poétique).
[27] On pourrait retenir les ouvrages de J.C Vareille, l’énorme thèse de René Guise, comme les colloques qui se sont déroulés à Limoges, touchant à ce sujet. Cf. : Littérature populaire.- Limoges : Trames, 1988 ; 395 p. ou encore Le Roman populaire en question(s).- Limoges : PULIM, 1997 ; 613 p. (Littératures en marge), plus des publications spécialisées comme Rocambole ou Littérature populaire.
[28] On se reportera également aux Actes du 1er colloque des paralittératures de Chaudefontaine, 1987.- Liège : CLPCF, 1989 ; 205 p. (Cahiers des paralittératures n°1) où il est longuement question des littératures populaires.
[29] Les chansons de Brel ou de Bassens ont des Å“uvres d’art, un scénario de Jacques Prévert ou d’Henri Jeanson également. En revanche certains paroliers ou scénaristes ne mériteraient même pas de figurer parmi les plus méchantes Å“uvres des paralittératures.
[30] On se reportera à : Les Mauvais genres.- Liège : CLPCF, 1992 ; 259 p. (Cahier des paralittératures n° 3). On y retiendra en particulier les communications de Denis Saint-Jacques : "Les mauvais genres", de Patrick Parmentier : "À mauvais genre, mauvais lecteurs ?" ou d’Yves Reuter : "Littérature / Paralittératures ; classements et déclassements". Autrement l’approche faite de ces "mauvais genres" déborde largement de la littérature et des paralittératures.
[31] On partira de l’idée que la "réception" de cette littérature se mesure en terme de "divisions" : qu’y a-t-il de commun entre un "grand poète" du VIIème arrondissement et un auteur de roman policier ?… Tous deux noircissent du papier, mais le premier sera édité à 300 exemplaires (qu’il aura dû payer, la plupart du temps) alors que le second aura un premier tirage de 30.000 !… Le premier sera très connu dans son immeuble et le second aura une audience au moins nationale.
[32] Ce genre, une corruption sanguinolente du fantastique, qui se voulait également "gothic", et qui a eu une durée de vie très brève –2 à 3 ans- ne sera pas traité ici. La qualité des productions ne mérite pas plus d’une note.