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Monde perdu
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Patricia Melo
Tag(s) : Littérature latino américaine - Roman - Lectures été 2008

Actes sud, 2008 200 p ISBN 978-2-7427-7584-2

Après dix ans de cavale, le tueur professionnel Máiquel, “comme Máiquel Jackson, l’artiste”, revient à São Paulo pour enterrer la vieille tante qui constituait sa seule famille. Plus solitaire que jamais, il réalise qu’il lui reste au monde sa fille Samanta, tombée aux mains des évangélistes. Grâce au pécule hérité de tante Rosa, il entreprend un road movie effréné à travers le Brésil des hors-laloi pour retrouver l’enfant qu’il n’a pas vue grandir. D’un bout à l’autre du pays, il multiplie les rencontres, les cadavres et les amours sans lendemain. Paysans sans terre, abattoirs clandestins, déforestation sauvage, caïds du narcotrafic, sectes qui délestent surtout les crève-la faim : un monde en perdition, loin du mythique Rio qui “en jette”.

Si toute la compassion dont il est capable va au chien famélique qui l’accompagne, les épreuves du périple avivent la détermination de Máiquel. Malgré ses désirs de vengeance, il en vient à concevoir la possibilité d’un avenir meilleur : une vie tranquille, un travail honnête. L’issue de sa course folle lui fera perdre ses dernières illusions. Dans ce monde perdu, point de salut hors de la devise tatouée sur son bras droit : “Rien à foutre”. Et l’auteur d’élargir, en incisive analyste, le spectre d’une dérive du Brésil contemporain qui nourrit toute son oeuvre.

Dramaturge et romancière, Patrícia Melo vit à São Paulo. Elle a publié O Matador (Albin Michel, 1995) et, chez Actes Sud : L’Eloge du mensonge (2000 ; Babel n° 501), Enfer (2001 ; Babel n° 657), Acqua Toffana (2003) et Le Diable danse avec moi (2005).





rien La presse en parle

2 chroniques

  • Monde perdu

    17 août 2008 22:02
    par Antoine Chainas ( 3 chroniques )

    On avait découvert Patricia Melo en 1996 avec le fracassant O Matador, descente aux enfers d’un tueur à gage malgré lui dans un Brésil en ébullition, bien loin des dépliants touristiques. Ce talent singulier, cette rage très pince-sans-rire, avaient été confirmés - ô combien - dans le bien-nommé Enfer, en 2001. Grandeur et décadence d’un gamin des bidonvilles promu narco-trafiquant le temps d’une vie en forme d’étoile filante. Une sorte de Scarface revu et corrigé façon... Eh bien façon Patricia Melo, car personne n’écrit comme la belle : un mélange de naïveté et de sauvagerie absolue qui ont fait de la romancière, il n’y a pas si longtemps, un des plus prometteurs espoirs de feu la collection Nouveaux Talents. Après quelques passages plus sereins, le temps de quelques romans plus sinueux (Eloge du Mensonge, Acqua Toffana, Le Diable Danse avec Moi...), revoilà notre brésilienne préférée au sommet de sa forme, dans un roman simple, très droit, où elle renoue avec ces anciennes amours.

    Patricia Melo n’écrit jamais aussi bien que lorsqu’elle se plonge dans l’esprit de ces tueurs mélancoliques, trop jeunes, trop beaux et, par certains côtés, trop innocents, qui peuplent les favelas de Sao Paulo. La trame de Monde Perdu rappelle un peu celle de O Matador, où l’assassin, instrument d’une classe riche prête à tout pour préserver ses privilèges, devient soudain trop encombrant dès qu’il tente de sortir du rôle qu’on lui a assigné : tuer des plus noirs, des plus pauvres que lui. Dans les romans de Patricia Melo, les pauvres se font toujours baiser. Tous. Même si, parfois, le temps que quelques exactions, ils pensent s’être hissé au niveau d’un monde qui n’est pas le leur. Morceau choisi : "...nos riches sont encore dans le système rien à foutre. Ce sont toujours des salauds, voilà la vérité. Ils sont corrompus, voleurs, renifleurs de poudre. Et la drogue vit de ça, des gens pourris. Des connards comme nos politiques. De ces merdes qui ne pensent qu’à voler. Et nos pauvres sont tout aussi salauds. Eux aussi, ils volent. Et tuent. Sauf que, à la différence des riches, ils vont en prison."

    Ici, nous suivons Maiquel, "comme Maiquel Jackson, l’artiste", ancien tueur à gage, qui se met en tête, après que la sienne fût mise à prix par les "bons Blancs" ingrats, de retrouver sa femme et sa fille, parties voilà dix ans dans une secte évangéliste. Maiquel, sur son bras, il a tatoué : Rien à Foutre. Mais c’est sans compter la tante Rosa, qui meurt en lui laissant un joli pécule. De quoi rattraper le passé. C’est sans compter les femmes, toutes les femmes qui croisent sa route, éperdues d’amour, chiantes au possible et, finalement, pas si cruches que ça. C’est sans compter Tigre, un chien à trois pattes, malade et laid comme un poux, qui devient l’indéfectible compagnon (le seul ?) de Maiquel. Et c’est sans compter les évènements qui, au fil du récit, nous amènent à supposer que les gentils et les méchants, les esclaves et les dirigeants, ne sont pas exactement là où l’on croyait. Pour la bonne bouche, voici le tout début du livre : "Je suis en cavale. Et il y avait du monde au cimetière. D’où sortaient tous ces nègres ? J’ai pris peur, je ne me suis même pas approché. Un tas de nègres, deux filles en short, je m’en fiche, on pouvait lire sur le T-shirt de l’une d’elles. Je n’aime pas l’agitation. Je l’évite au maximum. C’est mon truc. Je suis en cavale". Bon, si après ça vous n’avez pas envie de découvrir Monde Perdu de Patricia Melo, qui vient de sortir aux très estimables éditions Actes Sud, c’est à désespérer.

    Voir en ligne : Lost in Brasil

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  • Monde perdu

    20 août 2008 10:27
    par Jean-Marc Laherrère ( 628 chroniques )

    Máiquel est un tout petit peu apaisée, à peine. Par rapport à O Matador , le rythme est moins saccadé, les phrases un petit peu plus structurées, les pensées un peu plus développées. Máiquel a vieilli, il s’est construit, s’est un tout petit peu assagi.

    Mais, si le constat est un peu moins violent (Máiquel tue moins), il n’en est pas moins sombre. Comme dix ans auparavant, les pauvres payent, toujours ; les riches s’en sortent, toujours. Le pays est moche, gangrené par la misère, la laideur, le mercantilisme. L’hypocrisie et la tricherie gagnent partout, chez les religieux, les flics, les possédants, les trafiquants en tous genres. Seul un vieux chien boiteux et galeux accompagne Máiquel dans un voyage qui ne peut se terminer que par une désillusion de plus.

    A travers le prisme déformant de sa vision, le lecteur découvre un Brésil bien éloigné des clichés habituels. Un Brésil partiel, forcément, mais un Brésil qui existe, et que l’on ne voit que très rarement ailleurs.

    Voir en ligne : http://actu-du-noir.over-blog.com/

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