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Le petit bleu de la côte Ouest
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Jean-Patrick Manchette
Tag(s) : Littérature francophone - Folio policier - Roman policier - Jazz et polar

92 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio policier (No 23) (1998), Gallimard rom. ISBN 2070406571.

Le malaise des cadres, c’est pas rien ! Vous avez femme, enfants, bagnole, télé, et voilà que vous vous sauvez. Tout ça parce que deux rigolos essaient de vous flinguer. Et vous savez même pas pourquoi. Un jour, camarade, il faudra quand même comprendre.





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3 chroniques

  • Le petit bleu de la côte Ouest

    20 janvier 2007 00:46
    par Marc Villard ( 5 chroniques )

    Gerfaut, un cadre lambda assiste au bord d’une route de province à l’élimination d’un homme. Il porte le blessé à l’hôpital et rentre chez lui. Partant de là, un ex-potentat d’une république bananière sud-américaine lance un contrat sur notre cadre moyen. Car Gerfaut en a trop vu sur ce bord de route.

    La quasi totalité du livre conte la fuite de Gerfaut et son terrible désir de survie. Il échappera aux tueurs et se fera vengeance. Ce qui est à l’oeuvre ici c’est la situation de l’homme diminué par le système de production. Sa capacité à retrouver l’instinct de l’animal pour échapper à la menace, à la mort. Manchette, qui n’était pas un grand optimiste, le fait revenir au bercail. Il réintègre la société mais ne sera plus tout à fait le même et le monde continuera de tourner. L’intrigue est simpliste, le style béhavioriste en diable et les échappées en montagne amusantes car on perçoit que l’écrivain n’était pas vraiment passionné par la nature.

    Manchette met en place une écriture distanciée, précieuse parfois, qui lui permet de regarder son personnage de haut et de s’amuser avec la langue et les situations. On aura compris à la lecture du titre que la bande- son est consacrée au jazz west coast et l’auteur ne se prive pas d’indiquer quelques références pointues dans ce domaine.

    Il faut trouver le succès de ce roman dans la vista et le vernis intellectuel de Manchette qui séduit avec trois mots. L’écrivain est ici sur le devant de la scène, débarrassé des oripeaux politiques voire situationnistes et gagne la partie sur son seul talent de styliste, capable de transformer le plomb, cité ci-dessus, en or. J’ai adoré ce livre à sa sortie et je ne renie nullement mon affection d’alors.

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  • Le petit bleu de la côte Ouest

    20 janvier 2007 00:47
    par QQ Lapra ( 6 chroniques )

    Sans doute le favori de beaucoup. Le premier Manchette que je découvris à l’époque et j’en garde une sensation d’émerveillement, ou tout au moins de surprise. Difficile de savoir ce qu’il en reste près de trente ans après tant la critique sera subjective devant ce jubilatoire exercice de style. A l’exemple de la fin du chapitre 14 qui résume bien la démarche littéraire de Manchette :

    « â€¦et il s’était installé à l’hôtel PLM Saint-Jacques. Il n’en avait pas bougé depuis. Il y dormait, il y mangeait, il descendit une fois voir un film au cinéma qui se trouve en bas de l’immeuble, il faisait dans sa chambre des exercices de musculation, isométriques ou autres, surtout il y portait le deuil de Bastien. Il attendait que les choses se tassassent. Â»

    Je ne suis malheureusement pas assez pointu au niveau littéraire, pas assez écrivain non plus pour expliquer de quelle manière cet effet de style me provoque un plaisir indéniable et rare. Mais je sais que c’est pour ça que j’aime Manchette.

    En ce qui concerne l’histoire. Comme d’habitude elle est cousue de fil blanc. Parce que, sur la route des vacances, il a secouru sur la route et amené à l’hôpital un homme blessé par balles, Georges Gerfaut, cadre supérieur moyen, sans grande intelligence mais parfaitement adapté à son monde va se retrouver en danger de mort, poursuivi par deux tueurs. Confronté à une autre réalité peu appréhensible, il va décider de changer de vie et s’isoler dans un village de haute montagne, quittant femme et enfant qu’il retrouvera, par instinct grégaire à la fin du roman après avoir éliminé les tueurs et leur commanditaire.

    Je ne m’étais pas rendu compte à l’époque du potentiel comique de ce texte. Outre le plaisir procuré à qui est sensible aux recherches esthétiques de l’auteur, il y a constamment ce travail sur la dérision. Gerfaut ressemble parfois au Thornhill de « La mort aux trousses Â» interprété par Cary Grant. Même apparence un peu bornée du personnage principal, plongé dans une histoire dont il ne comprend rien et même habilité, même débrouillardise à se sortir de cette situation paranoïaque. Le couple de tueurs poursuivant Gerfaut à travers la France, confronté à un gibier imprévisible est, de même assez amusant dans sa présentation. Beaucoup ont interprété ce roman comme une métaphore du malaise de la petite bourgeoisie dans les années Giscard. Encore une fois, c’est la lucidité de Manchette qui séduit. Malgré un semblant de révolte contre l’ordre établit et la répression tout redevient à la fin comme avant. Et de comique, le roman se clôt sur la touche désespérée propre à Manchette. « Et maintenant au bercail, il attend. Le fait qu’avec son bercail Georges tourne à 145km/h autour de Paris indique seulement que Georges est de son temps, et aussi de son espace. Â»

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  • Le petit bleu de la côte Ouest

    19 juillet 2008 10:59
    par Guillome ( 26 chroniques )

    L’intrigue est simple : un homme en cavale tente d’échapper à des tueurs et parviens à se venger. Les deux tueurs à sa poursuite sont un peu nigauds. Les scènes en voiture où ils n’arrêtent pas de s’engueuler sur la marche à suivre pour honorer leur contrat et de se traiter de tous les noms sont assez comiques. Sous cette apparence de légèreté, on a affaire à un homme,cadre moyen, surchargé par son travail mais qui trouvera la force de survivre coûte que coûte.

    Ce qui me plaît beaucoup chez Manchette, c’est qu’en deux trois mots et adjectifs bien choisis (et c’est évidemment là son talent),vous visualisez tout à fait le personnage ou la scène.

    Il s’arrête sur des détails qui peuvent paraître futiles mais qui sans servirent l’intrigue directement, rendent compte de l’état d’esprit du personnage et instaurent l’atmosphère du roman. Les descriptions de Manchettes sont alors moi assez jouissives, un vrai régal !

    Exemple : Georges Gerfaut déteste retourner chaque année en vacances dans une location pourrie au bord de la mer : "Si je ne me plais pas ici ! Seigneur ! répéta Gerfaut en laissant errer son regard sur le canapé de cuir moisi, les fauteuils de même, les deux Henri II, les deux tables très lourdes aux pieds sculptés, les dix chaises (deux buffets, deux tables, dix chaises, Seigneur !) et sur la porte des latrines (...) s’ornait de l’effigie d’un garçonnet en culotte courte, aux chaussettes tire-bouchonnées, aux cheveux blonds ébouriffés, aux yeux malicieux et scintillants, aux bonnes joues rouges, qui retournait coquinement la tête vers l’obervateur tout en pissant contre un bec de gaz montmartrois".

    Autre exemple (pour ceux qui connaissent cette enseigne qui existe toujours) : "Plus tard, quand il y repensait, bizarrement, la seule chose qu’il se rappelait de sa déambulation dans Royan ce soir-là, c’était la publicité d’une mercerie, Aux doigts de Fée, lingerie, chemiserie, bonneterie, mercerie, spécialité de lingerie fine, layettes, dentelles, colifichets, bavoirs, mouchoirs fins, boutons, corsets indéformables et amincissants, ne remontant jamais même sans bas, ainsi que toutes les gaines et soutiens-gorge, plissés, jours, boutons, oeillets, remaillage bas, boucles".

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