Qui est Jack ? C’est un jeune homme de 24 ans, qui a vécu ses dix ou onze dernières années enfermé dans divers établissements, suivi par un tuteur qui finit par le traiter comme un fils. A peine entré dans l’adolescence, cet enfant pas très verni (ses parents séparés se désintéressent de lui, il est devenu peu à peu un souffre douleur à l’école) a trouvé le moyen d’échapper à la misère du quotidien en fréquentant un petit voyou de son âge, le garçon que l’on ne nommera que par la lettre B. "B" l’entraîne dans une sinistre aventure qui fera d’eux les monstres honnis de toute l’Angleterre : l’assassinat d’une fille de 10 ans issue de la bourgeoisie locale, mignonne comme un cœur dans ses coûteuses toilettes. Pour leur protection, les deux enfants seront débaptisés, devenant "A" et "B". "B" est assassiné en prison. "A" résistera aux corrections et deviendra Jack.
Ce n’est pas vendre la mèche que d’éclairer ainsi la genèse du personnage. Trigell, jeune auteur anglais (moins de 30 ans lorsqu’il a rédigé son roman), mène en parallèle, à partir d’un point de départ temporel unique, l’histoire de la réinsertion de Jack dans la société et, à rebours, celle qui aboutit au meurtre à l’origine du personnage. L’intérêt de cette deuxième narration ne réside absolument pas dans les faits résumés plus haut, mais dans les relations que "A" ("Boy A" est le titre original du roman), garçon particulièrement sensible et intelligent, tisse de façon à combler les graves lacunes laissées par les adultes qui l’entourent. Le procédé narratif n’est pas nouveau, mais il est ici maîtrisé avec un aplomb surprenant pour un premier roman. Car au bout du compte, les deux histoires convergent également à plusieurs nivaux – et là , je n’en dirai pas plus.
Jeux d’enfants, c’est l’histoire captivante d’une fatalité qui n’est autre que le produit d’une humanité émotive et irresponsable laissant trop peu de place à l’intelligence et à la raison. C’est aussi le constat, dans sa version amère et déprimante, que nous autres humains sommes tous bien plus semblables que nous n’osons nous l’avouer à ceux que nous désignons comme les pires d’entre nous. Les quelques bouffées d’amour et d’amitié qui jaillissent dans la vie de Jack ne sont que des éclaircies passagères dans une tempête permanente de mépris aveugle et de vengeance stupide.
Un livre très noir (bien traduit par Isabelle Maillet) qui n’a pas volé le prix qu’il a reçu outre Manche.
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