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Jonathan Trigell
Tag(s) : Littérature anglosaxonne - Roman policier - Série noire - 10ème festival international du roman noir

trad. de l’anglais par Isabelle Maillet, 320 pages sous couv. ill., 155 x 225 mm. Collection Série Noire, Romans noirs, Gallimard rom. ISBN 2070305589. Parution : 05102006.

Qui est Jack ? Qui est ce jeune homme de vingt-quatre ans accompagné d’un tuteur jouant les pères adoptifs ? Qui est cet adolescent mal dégrossi au comportement infantile ? Pourquoi se retourne-t-il à chaque coin de rue de cette ville qu’il ne semble pas connaître ? Que cherche-t-il à cacher ? Pourquoi vit-il sous une fausse identité ?

Progressivement la lumière se fait sur Jack et son implication dans un des faits divers les plus sordides que la Grande-Bretagne ait connus. La rédemption est-elle possible lorsque l’on a commis l’irréparable ? Comment retrouver sa place dans un monde auquel on n’a jamais vraiment appartenu ? Enfant meurtrier, bête noire d’une société puritaine vindicative et peu prompte au pardon, quel avenir pour Jack, ce garçon que les tabloïds anglais traquent et surnomment « le monstre » ?




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2 chroniques

  • Jeux d’enfants

    14 janvier 2007 18:03
    par Jean-Marc Laherrère ( 628 chroniques )

    Jack ne s’appelle pas Jack. Pour la presse poubelle anglaise, depuis quinze ans, il est Boy A, le monstre qui avec Boy B avait torturé et tué Angela, une gamine de dix ans, quand lui-même n’était qu’un enfant. Depuis, Boy B a été « suicidé Â» en prison, et Boy A vient juste de sortir de prison, sous l’identité de Jack, et sous la protection de Terry, devenu son oncle, l’éducateur qui le suit depuis son incarcération. Jack va essayer de se créer une nouvelle vie, trouve un travail, se fait des copains, et tombe même amoureux de Michelle. Mais surtout, Jack vit dans la peur permanente d’être reconnu.

    Superbe découverte que celle de cet auteur. Dans un aller-retour permanent entre le présent de Jack, et son passé, avant et après le meurtre, Jonathan Trigell concocte un suspense, une tension qui vont croissant, et prennent littéralement le lecteur à la gorge. La double question : que c’est-il réellement passé ce jour là, ces deux gamins sont-ils des monstres ? Et Jack va-t-il vraiment pouvoir refaire sa vie ? obsèdent le lecteur jusqu’à la toute fin du roman. Sa grande originalité est de s’intéresser non pas à l’élucidation d’un meurtre, mais à la possibilité d’une réinsertion du meurtrier. Sa première force est d’avoir réussi à le faire avec autant de tension et de suspense qu’une traque classique. Mais ce n’est pas tout. Trigell dresse des portraits magnifiques, de victimes et de bourreaux, sans manichéisme, sans angélisme mais avec beaucoup d’humanité. Pour finir, son roman est une charge implacable contre une presse britannique pourtant montrée en exemple par ceux qui oublient que les journaux les plus lus sont aussi les plus orduriers. Leur rôle et l’ambiance de lynchage généralisé qu’ils alimentent dans une population prête à tous les préjugés sont dénoncés sans pitié. Reste une question lancinante pour le lecteur : suis-je vraiment meilleur qu’eux ?

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  • Jeux d’enfants

    5 juillet 2008 20:17
    par Thierry Godefroid ( 188 chroniques )

    Qui est Jack ? C’est un jeune homme de 24 ans, qui a vécu ses dix ou onze dernières années enfermé dans divers établissements, suivi par un tuteur qui finit par le traiter comme un fils. A peine entré dans l’adolescence, cet enfant pas très verni (ses parents séparés se désintéressent de lui, il est devenu peu à peu un souffre douleur à l’école) a trouvé le moyen d’échapper à la misère du quotidien en fréquentant un petit voyou de son âge, le garçon que l’on ne nommera que par la lettre B. "B" l’entraîne dans une sinistre aventure qui fera d’eux les monstres honnis de toute l’Angleterre : l’assassinat d’une fille de 10 ans issue de la bourgeoisie locale, mignonne comme un cÅ“ur dans ses coûteuses toilettes. Pour leur protection, les deux enfants seront débaptisés, devenant "A" et "B". "B" est assassiné en prison. "A" résistera aux corrections et deviendra Jack.

    Ce n’est pas vendre la mèche que d’éclairer ainsi la genèse du personnage. Trigell, jeune auteur anglais (moins de 30 ans lorsqu’il a rédigé son roman), mène en parallèle, à partir d’un point de départ temporel unique, l’histoire de la réinsertion de Jack dans la société et, à rebours, celle qui aboutit au meurtre à l’origine du personnage. L’intérêt de cette deuxième narration ne réside absolument pas dans les faits résumés plus haut, mais dans les relations que "A" ("Boy A" est le titre original du roman), garçon particulièrement sensible et intelligent, tisse de façon à combler les graves lacunes laissées par les adultes qui l’entourent. Le procédé narratif n’est pas nouveau, mais il est ici maîtrisé avec un aplomb surprenant pour un premier roman. Car au bout du compte, les deux histoires convergent également à plusieurs nivaux – et là, je n’en dirai pas plus.

    Jeux d’enfants, c’est l’histoire captivante d’une fatalité qui n’est autre que le produit d’une humanité émotive et irresponsable laissant trop peu de place à l’intelligence et à la raison. C’est aussi le constat, dans sa version amère et déprimante, que nous autres humains sommes tous bien plus semblables que nous n’osons nous l’avouer à ceux que nous désignons comme les pires d’entre nous. Les quelques bouffées d’amour et d’amitié qui jaillissent dans la vie de Jack ne sont que des éclaircies passagères dans une tempête permanente de mépris aveugle et de vengeance stupide.

    Un livre très noir (bien traduit par Isabelle Maillet) qui n’a pas volé le prix qu’il a reçu outre Manche.

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