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Interview de Patrice Pluyette

par Cécile Charonnat
Mise en ligne le Novembre 2008 | 1267 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

« Ecrire, c’est s’engager corps et âme »

Patrice Pluyette, installé depuis 4 ans dans le Morbihan, a fait le choix de vivre de sa plume. Ce trentenaire publie son quatrième roman, La Traversée du Mozambique par temps calme, un livre d’aventures tonique et vivifiant.


Votre roman figure dans les premières sélections des Prix Goncourt et Médicis. Vous venez de recevoir le prix Amerigo Vespucci. Etes-vous un auteur heureux ?

Je suis comblé. Je ne m’attendais pas du tout à être sélectionné pour le Goncourt. Mon livre est en effet un roman d’aventures, genre que ne prise habituellement pas les jurés. Quant au prix Amerigo Vespucci, décerné par l’Institut national de géographie, il me fait d’autant plus plaisir qu’il est attribué par un jury de géographes et d’universitaires. Des gens très sérieux qui ont pourtant apprécié le décalage constant et le grain de folie qui règne dans mon roman. C’est une belle surprise, d’autant que j’attendais beaucoup de ce livre, sur lequel j’ai planché pendant deux ans.

Comment l’avez-vous écrit ?

Il m’a demandé beaucoup de recherches, car je ne suis ni marin, ni explorateur. J’ai passé la première année à lire, à rencontrer des gens, à me documenter. J’ai travaillé exactement de la même façon qu’un universitaire. Dans le même temps, je faisais mon propre casting, comme pour un film : je cherchais les personnages, les décors et les costumes. Par exemple, à un moment du livre, j’ai eu besoin de décrire un personnage féminin habillé de manière un peu « sexy ». Comme je ne maîtrisais pas ce vocabulaire, je suis allé consulter des sites de lingerie féminine.

Une fois tous les éléments réunis, j’écris un plan détaillé, à la virgule près. Et il y a un moment ou tout est prêt, je sens que je peux me jeter à l’eau. C’est le temps de l’écriture. Pour moi, c’est une période difficile. Je me coupe de tout et je vis des grands moments de solitude et de désespoir. Par deux fois j’ai abandonné la rédaction de La Traversée du Mozambique par temps calme. Et puis l’envie est revenue.

Avez-vous appris à écrire ?

Non, pas vraiment. Je n’ai jamais participé à des ateliers d’écriture, par exemple. Ecrire est un acte individuel et personnel. Je ne conçois pas de le pratiquer en groupe. J’écris énormément, tous les jours, et beaucoup de choses ordinaires pour pouvoir sortir un livre publiable. En fait, j’ai plutôt appris en lisant de grands écrivains.

Vous êtes un grand lecteur ?

Je suis surtout un lecteur difficile parce que je m’y suis mis tard. Petit, je ne lisais guère. Je préférais marcher nez au vent, rêver et jouer dehors. La lecture représentait l’immobilité. Et puis, à 19 ans, j’ai découvert la littérature et Maupassant. La révélation. Je suis alors devenu un lecteur boulimique, je dévorais tout ce qui me tombait sous la main. Maintenant, je suis plus méfiant, si un livre ne me plait pas, je laisse tomber.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

C’est venu un peu comme cela. Alors que je faisais mes études de lettres, j’ai commencé à écrire de la poésie, qui correspond bien à ma nature rêveuse et aérienne. Un de mes poèmes a été publié dans le magazine Ecrire aujourd’hui, cela m’a donné confiance. J’ai écrit de plus en plus. En 2001, j’ai publié un recueil de poésie, Décidément rien, mais le virage s’est réellement opéré en 2002, pendant les épreuves du CAPES, que j’ai quittées au bout de deux heures. J’ai alors compris que je n’étais pas fait pour l’enseignement et que je voulais écrire.

Vous décidez donc de vivre de votre plume. C’est un choix audacieux à 25 ans.

Effectivement, mais pour moi, écrire, c’est s’engager corps et âme. Il faut être entièrement disponible pour l’écriture. Au départ, j’ai donc fait quelques petits boulots pour pouvoir payer les factures. Je choisissais des jobs qui me laissaient du temps : enquêteur téléphonique, par exemple. En 2004 mon premier roman est publié. Béquilles raconte l’histoire d’un cascadeur contraint au repos après un accident. Ont suivi deux autres romans, Vigile et Blanche. Maintenant, je me débrouille entre les aides du Centre national du livre, des interventions dans des lycées et des à-valoir de mon éditeur. Le but est de vivre de mes ventes.

Vous êtes né et avez grandi dans les Yvelines. Après votre 1e roman, vous posez vos valises dans le Morbihan. Pourquoi ?

Un peu par hasard. Je savais que la région était belle, sans pour autant la connaître vraiment. Mais je ne regrette rien ! Je m’y sens heureux. Les paysages sont magnifiques et la mer m’inspire. Je marche beaucoup, au moins deux heures par jour et la puissance de la lumière et la largesse du ciel me galvanisent et m’aident à voir loin, à prendre de la distance. C’est salutaire pour moi, surtout quand je suis en phase d’écriture.

Propos recueillis par Cécile Charonnat


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