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Interview de Marc Villard

par Bernard Strainchamps
Mise en ligne le Septembre 2008 | 913 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

A la fin de la vidéo mise en ligne sur ce site, on voit que tu n’es pas un pro du téléphone portable... La raison qui t’a poussé à écrire cette intrigue ?

J’ai fait des progrès avec le portable mais je m’en sers faute de mieux. Concernant Bird, j’avais une double envie : utiliser le thème du retour au père et évoquer les sans-abris sans tomber dans le mélo larmoyant. En cours d’écriture, j’ai lu des reportages sur les gosses qui exploitent la misère des SDF et j’ai intégré cela dans l’histoire. C’était lié.

Dans Bird, tu mets en scène des SDF. Dans ta vie de tous les jours, tu t’intéresses à eux ? Le roman noir, est-ce pour toi une littérature engagée ou une manière de chanter ton blues ?

A Paris, on ne peut pas nier les SDF. Je m’intéresse à eux mais je ne suis pas un militant. J’essaie dans mes livres de rendre compte du réel qui peut gêner l’homme de la rue. Les sans-papiers sur lesquels j’ai écrit à plusieurs reprises, les toxicos également. Mais pour moi, tout doit passer par le canal de la fiction. C’est aussi efficace qu’un pamphlet et nous restons dans le champ littéraire.

Le flic-tueur de ce roman, tu l’as construit avec tes fantasmes ?

Oui, je voulais un vrai salaud. Dans les films de Ferrara, il y a des personnages de ce type-là. Torturés par la religion et pourris jusqu’à la moelle.

Dans une précédente interview, tu déclares écrire à l’oreille. Pour moi qui ne sais écrire, je suppute que tu comptes aussi les mots comme un musicien bat la mesure. Allez ! donne-nous la recette du style Marc Villard !

Je ne compte pas mais je pense que l’écriture doit produire sa musique. Il existe une phonétique de la phrase, du bout à bout des phrases. Je suis aussi influencé par l’évolution de l’écrit qui privilégie les phrase courtes contrairement aux tunnels qu’on a pu lire dans les romans du 19e siècle. Je dis parfois que je suis sensible au rythme ternaire, c’est vrai, je suis gêné par les aspérités.

Lecteur, on a à peine le temps d’entrevoir qu’un personnage va mourir que tu le tues en quelques mots. Tu ne t’attardes pas. Le suspens, ce n’est pas ton truc ?

Je tue consciemment mes personnages très vite car la mort c’est ça : tu es vivant et deux secondes plus tard, c’est terminé. D’autre part, je suis insensible aux agonies interminables qui, sous couvert de suspense, nous servent du gore à la louche.

Un roman de 400 pages signé Marc Villard, est-ce de l’ordre du possible ?

Non, 400 pages, c’est impossible, je ne suis pas dans cette problématique. Je reste avant tout un nouvelliste.

Dans Bird, il y a un sourd muet dénommé Bernard qui est branché sur Archie Shepp . Où as-tu cherché un tel personnage ?

Je me suis aperçu après coup que ça pouvait être toi mais en l’écrivant je n’y pensais pas. Ca m’arrive fréquemment de prendre les caractéristiques d’un ami pour habiller un personnage sans vraiment préméditer la chose.


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