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envoyer par mail à un amiMon seul but est d’écrire des romans policiers qui aient du succès (et je ne suis jamais certain d’y arriver vraiment). Tout le reste arrive par hasard, en cours de route.
BS : Vous décrivez un monde absolument impitoyable. La gestion de la fin de l’apartheid est pourtant citée en exemple dans le monde entier... non ?
Deon Meyer : La transition pacifique de l’Afrique du Sud vers la démocratie a effectivement été un vrai miracle et un grand succès. Mais elle n’a pas résolu tous nos problèmes. Nous nous battons encore contre une criminalité très élevée, la pauvreté, le racisme, pour ne nommer que les problèmes les plus graves. Et il faut garder à l’esprit que j’écris (essentiellement) des polars, qui ont tendance à noircir légèrement le tableau, et ne devraient pas être considérés comme la réalité. Après tout, il s’agit de fictions.
JML : Dans vos premiers romans j’ai été très touché par la façon très sensible dont vous rendez les sentiments de personnages qui découvrent, après des années, qu’ils ont vécu dans un système politique intolérable qu’ils n’avaient jamais remis en question. Est-ce un sentiment partagé par les blancs durant les années qui ont suivi la fin de l’apartheid ? Est-ce que ce sentiment perdure, ou est-il en train de disparaître ?
Deon Meyer : Je pense que cela a été le sentiment de très nombreux blancs sud-africains (moi inclus), mais pas de tous. Notre Commission Vérité et réconciliation a beaucoup aidé à y voir clair, et je m’aventurerais à dire que ce sentiment existe toujours.
JML : J’ai l’impression qu’à travers vos romans vous souhaitez décrire le moment fascinant qu’est en train de vivre votre pays. Pourquoi avoir choisi de le faire au travers de romans policiers ?
Deon Meyer : Mon seul but est d’écrire des romans policiers qui aient du succès (et je ne suis jamais certain d’y arriver vraiment). Tout le reste arrive par hasard, en cours de route.
BS : Dans votre dernier roman paru en France, « Le pic du diable », vous mettez en scène un justicier dont la couleur de peau a l’air d’avoir une grande importance pour les enquêteurs qui préféraient qu’il soit blanc. Pourquoi ?
Deon Meyer : Pour trouver un suspect, les polices du monde entier ont besoin d’une description de celui qui a commis un crime. Une partie de cette description concerne la couleur de la peau. En Afrique du Sud, avec ses nombreuses races, tribus, cultures, langues et dialectes, c’est peut-être encore plus pertinent. Dans ce roman, la police suppose que le meurtrier est blanc parce que la plupart de ses victimes sont blanches. D’après experts psychologues locaux, ce type de crime, avec des victimes blanches, est habituellement le fait d’un blanc.
BS : Quand on lit un livre, il est toujours problématique de savoir qui s’exprime : le narrateur ou l’auteur ? Y-a-t-il beaucoup de justiciers en Afrique du sud ? Approuvez-vous leur comportement ?
Deon Meyer : Nous avons eu des cas de justiciers en Afrique du Sud, mais c’était généralement le fait de groupes de gens qui décidaient d’appliquer eux-mêmes la loi. La réponse serait donc non - nous n’avons pas eu de justicier comme Mpayipheli. Suis-je d’accord avec lui ? Non. Mais je le comprends.
JML : Pour le lecteur il est évident que, malgré tous ses problèmes, vous aimez votre pays. C’est encore plus flagrant dans L’âme du chasseur, où on a l’impression qu’il est plus qu’un simple décor. Etes-vous d’accord avec ça ?
Deon Meyer : Oui. Je suis un Sud Africain de cœur et d’âme.
BS : Pourriez-vous dire aux lecteurs de Bibliosurf qui ne vous aurez pas encore lu pourquoi Griessel boit autant ?
Deon Meyer : Le problème est que Griessel lui-même se pose cette question, et qu’il n’a pas l’air de trouver une réponse. Je pense que son plus grand problème est de savoir qu’il est un policier brillant, mais que la nature de son travail le laisse en état de stress post-traumatique permanent.
BS : Mpayipheli est un personnage que vous suivez depuis plusieurs romans. Tiendra-t-il encore sa place dans un prochain opus ?
Deon Meyer : Honnêtement, je n’en sais rien. Si j’en ai besoin, je sais où le trouver …
BS : Existe-t-il un roman policier sud-africain ? Quels sont les auteurs qui vous ont marqué ?
Deon Meyer : J’ai été le seul pendant une dizaine d’années, mais je suis heureux de dire que ce n’est plus le cas – Il y a de nouveaux grands talents par ici. Mes préférés sont Mike Nicol, Angela Makhelwa et Dirk Jordaan.
JML : Vos thrillers sont aussi efficaces que ceux des maîtres américains. Mais je perçois une différence avec eux. Là où généralement le crime aux US est dû à l’existence quasi métaphysique d’un Mal indépendant du contexte historique et social, dans vos romans, les comportements criminels sont souvent reliés à l’histoire collective et individuelle. Etes-vous d’accord avec cela ?
Deon Meyer : Merci pour votre comparaison très agréable. Mais je ne suis pas certain d’être d’accord. Je suis un grand fan de Michael Connelly et James Ellroy, et je vois une approche assez similaire à l’origine des crimes dans leurs romans.
BS : En France, vous êtes édité chez un des plus gros éditeurs dans une collection qui a beaucoup de moyen. Votre situation éditoriale en Afrique du sud est-elle similaire ?
Deon Meyer : Laissez-moi dire qu’il n’y a qu’un Robert Pépin – et je remercie ma bonne étoile de l’avoir à lui, et à ma magnifique traductrice Estelle Roudet. De même, j’ai le privilège de travailler avec le meilleur éditeur en Afrique du Sud, Etienne Bloemhof. Mieux encore, je peux également les compter parmi mes amis.
BS : Sur votre site http://www.deonmeyer.com/ , vous utilisez un template très tendance diffusée en open source http://www.openwebdesign.org/ . Etes-vous ou avez-vous été informaticien ?
Deon Meyer : Je suis un grand supporter des software open source, et je fais leur promotion autant que je peux. Il y a quelques années, j’ai eu ma propre société Internet (de design et de maintenance de communautés virtuelles sur le web), et j’essaie de me tenir au courant de ce qui se fait.