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Sans elle Ils l’ont laissée là Sans elle

Interview d’Alma Brami

par Bernard Strainchamps
Mise en ligne le Août 2008 | 2106 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Photo © Corinne Vaglio


© Corinne Vaglio

Qu’est ce qui vous a motivé à raconter cette histoire de deuil ? Alma=Léa ?

Je ne suis ni Léa, ni Solène, ni la mère, ni la grand-mère, ni aucun des hommes, je ne suis nulle part, et malgré tout, comme quand on rêve, chaque personnage est un morceau de nous.

Mais si j’avais eu conscience de ce que je mettais de moi dans ces mots, je ne les aurais certainement pas écrit, ni ne les aurais fait lire.

Il ne s’agit pas d’une motivation, mais d’une nécessité absolue de sauver Léa, qu’elle puisse vivre ailleurs qu’en moi.

C’est une histoire de deuil, mais surtout une histoire de famille, de souvenirs chauds, de présent froid, une solitude dense qui étouffe chaque être. Lien immuable entre la mort de l’autre et sa propre mort.

Que signifie écrire un roman aujourd’hui quand on a 23 ans ?

Je n’ai pas cherché à écrire un roman, je me suis attaché à Léa au point de vouloir la retrouver, la consoler, la sauver. Je n’avais pas prévu ce que j’aurais à dire, si j’allais me lasser, ou si je tomberais dans une impasse. Je l’ai juste suivie.

Je suis autant un vieil homme à l’intérieur de moi, qu’une femme de quarante ans sans espoir, autant un petit garçon, qu’une fille qui trouve tout drôle et qui profite d’être en vie. L’âge ne signifie rien pour moi.

Comment avez-vous procédé pour vous mettre à la juste hauteur de Léa, jeune narratrice de ce roman, sans tomber dans l’écriture enfantine ?

Je ne me suis mise à la hauteur de personne, Léa s’est imposée à moi, et je l’ai écoutée le mieux possible, c’est tout ce que j’ai su faire.

J’ai ressenti sa voix, son souffle, ses notes, et je me suis laissé guider.

Vous réussissez très bien à construire votre roman sans que l’on sente la fabrique de l’histoire. Comment avez-vous découpé ce récit entre déroulement chronologique et retour dans le passé ?

Tant mieux qu’on ne sente pas la fabrique, c’est sans doute parce que je n’ai fait aucun calcul.

Les doux flashs colorés du passé ont répondu d’eux même au goût insupportable du présent. Léa retourne instinctivement vers sa mémoire, pour se donner du courage, de la force, mais la chaleur vive de ses souvenirs la trahit, et intensifie le froid de givre de l’aujourd’hui.


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