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« La voiture roule au ralenti, phares allumés, dans les ruelles désertes d’un quartier d’entrepôts à la périphérie nord de Paris. A cette heure tardive, au milieu de la nuit, l’ambiance de ce coin de banlieue est sinistre : grilles fermées sur des cours encombrées de détritus, rideaux de fer baissés et taggués, pavés défoncés, trottoirs effondrés, lampadaires éteints, silhouettes massives et noires des entrepôts, tassés les uns contre les autres. Le silence, l’immobilité sont tels que toute présence humaine évoluant à l’air libre ne pourrait être perçue que comme une menace. Dans l’habitacle de la voiture, faiblement éclairé, trois hommes, le chauffeur et ses deux passagers. Ils se ressemblent. Jeunes, costauds, cheveux ras, blousons de toile légère, jeans et baskets. Leurs gestes, leurs mots, leurs silences s’accordent, bouts de phrases sans importance, chewing-gums, rires, regards traînants aux alentours, dans une familiarité décontractée. Une radio grésille en bruit de fond sans que personne n’y prête attention. On se rapproche de Paris. Un cube de béton, coincé entre la zone d’entrepôts et le boulevard périphérique, apparaît au détour d’une ruelle. Cinq étages de parking, posés à l’entrée nord de Paris. A bord, la tension monte d’un cran. Les hommes se redressent, soudain silencieux, attentifs, une touche d’excitation. La voiture s’engage lentement dans la voie d’accès. »
Bien connu des services de police est une embarquée volontaire dans un petit commissariat du quartier de Panteuil, banlieue parisienne. Dans ce microcosme urbain marqué par la violence et la peur, le béton et le parcage social, trois flics se débattent, à différents niveaux hiérarchiques. Sébastien Doche, tout juste 20 ans, qui débarque de son Nord natal pour sa première affectation au commissariat de Panteuil et découvre avec des yeux encore neufs les rouages de la Machine Police. Ivan, de la Brigade Anti-Criminalité, un de ces cow-boys de commissariat qui travaillent la nuit et s’arrangent avec la déontologie, comme si la présence sur le terrain excusait tout, même le pire. Un flic rongé par un terrible secret, et qui n’a plus qu’une obsession : quitter la police. Enfin, au sommet de cette pyramide, trône la commissaire Le Muir, bureaucrate ambitieuse.
Ce qui frappe avec les romans de Dominique Manotti, c’est qu’ils sont en prise directe avec une réalité implacable. Tout ce qui nous est décrit dans ses romans procède d’une longue enquête articulée à l’imaginaire littéraire. Ce point de vue ultra-réaliste permet de dépasser la question de l’engagement et des prises de position : Bien connu des services de police, c’est une caméra posée sur un coin de bitume. Témoignage littéraire sur l’air du temps qui flotte en remugle au-dessus de la France des années 2000 , Bien connu des services de police est un livre-citoyen qui dépasse un manichéisme périlleux.
Dominique Manotti est née à Paris en 1942, ville qu’elle habite toujours et où elle a enseigné en Faculté l’histoire économique contemporaine. Militante anticolonialiste et syndicale, Dominique Manotti publie son premier roman en 1995, Sombre sentier, deux fois primés. Auteur engagée, Dominique Manotti chronique notre société à travers tous les prismes économiques, sociaux et politiques et trouve écho plus loin encore ; Kop est adapté pour la télévision, Nos fantastiques années fric sera prochainement à l’écran au cinéma.
Dominique Manotti est l’un des rares auteurs français a avoir reçu les Dagger Awards : Lorraine Connection, 2008.